CHRONIQUES BAROQUES
Jean-Paul Combet
En accord avec la lecture luthérienne du monde, Bach assigne à la musique un rôle qui dépasse largement sa dimension artistique. Apte à exprimer des idées dont le langage ne parvient pas à rendre compte elle est, après la lecture de la Bible, le principal vecteur de la transcendance divine. Et s’il existe bien une différence fonctionnelle entre la musique qui est destinée au culte et celle qui ne l’est pas, il n’y a pas, au fond, de différence de nature entre un monde musical qui serait sacré et un autre qui serait profane. Il n’y a pour Bach qu’une réalité, celle qui lui fait écrire sa musique Soli Deo Gloria, à la seule gloire de Dieu, ainsi qu’il ne manque pas de le noter sur nombre de ses manuscrits.
Cette aspiration à l’expression de l’indicible à travers la musique se manifeste notamment dans les grands cycles de la maturité du compositeur, durant les dix dernières années de sa vie : deuxième livre du Clavier Bien Tempéré (1744), l’Offrande Musicale (1747), les Variations canoniques (1747) et l’Art de la Fugue (1742-1750). Comme les trois derniers ensembles cités, les Variations Goldberg (1741) ont la particularité d’être construites sur un thème unique, à savoir la structure harmonique de l’aria, illustrant de façon assez simple l’idée de l’Un imbriqué dans le Multiple. Mais Bach va encore plus loin dans la construction d’une vision théologique complexe.
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