14e édition:  24 - 27 août

ÉLOGE DU QUOTIDIEN

Dans un mouvement assez paradoxal, notre siècle a vu se développer en même temps la désacralisation d’un grand nombre de nos comportements et la sacralisation de la culture. Musées, expositions, salles de théâtre, de spectacles et de concerts, sont devenus autant de temples dans lesquels nous entrons en contact, hors du monde « normal » avec le grand ART. Il s’en faudrait de peu pour que ces temples ne deviennent un jour des réserves, dans lesquelles seront parqués les témoignages d’une culture admirable mais révolue.

Le fil rouge de notre programmation 2011 va tenter de sortir quelque peu de ce schéma, si révérencieux qu’il déforme et fragilise ce qu’il prétend protéger et promouvoir. Car ce que nous qualifions aujourd’hui d’œuvres d’art n’était souvent, lors de leur création, que des expressions vivantes du quotidien, sans aspiration à une postérité éternelle.

Avant d’être l’auteur des immortelles Quatre Saisons, Vivaldi composait, jour après jour, pour les jeunes filles pensionnaires de l’Ospedale della Pietà de Venise, sans présumer bien sûr que son Gloria ferait plus tard partie de notre musée artistique imaginaire. Et nous, nous ne nous rendons même plus compte qu’en muséifiant cet art du quotidien nous lui avons retiré son ancrage dans la réalité. Exactement comme pour des tableaux, qui ont toujours été pensés pour des lieux de vie, sacrés ou profanes, mais jamais (du moins jusqu’aux ready-made de Marcel Duchamp) pour la momification dans un musée.

Le temps d’un festival, essayons de retrouver le contact simple et direct avec ces créations, qu’elles traduisent la spiritualité luthérienne des musiciens inscrits dans le sillage de Bach, l’ambiance d’un salon musical au début du XIXe siècle ou les saveurs des mélodies irlandaises traditionnelles. Ecoutons le Messie de Haendel non comme une œuvre d’art du passé pieusement conservée jusqu’à nous, mais avec l’oreille des premiers auditeurs de Dublin, pour qui le texte très simple mis en musique par le compositeur était une véritable Bible des pauvres, au même titre que pouvaient l’être les sculptures et fresques des églises.

Même s’il s’agit de chefs-d’œuvre, ce sont avant tout des liens qui nous unissent aux humains qui en furent contemporains.

Jean-Paul COMBET

  

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